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bleues et des rubans jaunes; la reine, dans le milieu du tableau, expirante entre les bras de ses femmes; et
Zadig trangl ses pieds. L'horizon reprsentait un soleil levant pour marquer que cette horrible excution
devait se faire aux premiers rayons de l'aurore. Ds qu'il eut fini cet ouvrage, il courut chez une femme
d'Astart, la rveilla, et lui fit entendre qu'il fallait dans l'instant mme porter ce tableau la reine.
Cependant, au milieu de la nuit, on vient frapper la porte de Zadig; on le rveille; on lui donne un billet de
la reine; il doute si c'est un songe; il ouvre la lettre d'une main tremblante. Quelle fut sa surprise, et qui
pourrait exprimer la consternation et le dsespoir dont il fut accabl quand il lut ces paroles: Fuyez dans
l'instant mme, ou l'on va vous arracher la vie! Fuyez, Zadig; je vous l'ordonne au nom de notre amour et de
mes rubans jaunes. Je n'tais point coupable; mais je sens que je vais mourir criminelle.
Zadig eut peine la force de parler. Il ordonna qu'on ft venir Cador; et, sans lui rien dire, il lui donna ce
billet. Cador le fora d'obir, et de prendre sur-le-champ la route de Memphis. Si vous osez aller trouver la
reine, lui dit-il, vous htez sa mort; si vous parlez au roi, vous la perdez encore. Je me charge de sa destine;
suivez la vtre. Je rpandrai le bruit que vous avez pris la route des Indes. Je viendrai bientt vous trouver, et
je vous apprendrai ce qui se sera pass Babylone.
Cador, dans le moment mme, fit placer deux dromadaires des plus lgers la course vers une porte secrte
du palais: il y fit monter Zadig, qu'il fallut porter, et qui tait prs de rendre l'me. Un seul domestique
l'accompagna; et bientt Cador, plong dans l'tonnement et dans la douleur, perdit son ami de vue.
Cet illustre fugitif, arriv sur le bord d'une colline dont on voyait Babylone, tourna la vue sur le palais de la
reine, et s'vanouit; il ne reprit ses sens que pour verser des larmes, et pour souhaiter la mort. Enfin, aprs
s'tre occup de la destine dplorable de la plus aimable des femmes et de la premire reine du monde, il fit
un moment[1] de retour sur lui-mme, et s'cria: Qu'est-ce donc que la vie humaine? O vertu! quoi
m'avez-vous servi? Deux femmes m'ont indignement tromp; la troisime, qui n'est point coupable, et qui est
plus belle que les autres, va mourir! Tout ce que j'ai fait de bien a toujours t pour moi une source de
maldictions, et je n'ai t lev au comble de la grandeur que pour tomber dans le plus horrible prcipice de
l'infortune. Si j'eusse t mchant comme tant d'autres, je serais heureux comme eux. Accabl de ces
rflexions funestes, les yeux chargs du voile de la douleur, la pleur de la mort sur le visage, et l'me abme
dans l'excs d'un sombre dsespoir, il continuait son voyage vers l'Egypte.
[1] L'erratum de l'dition de Kehl dit de mettre, un mouvement de retour. J'ai suivi le texte de 1747,1748, etc.
B.
CHAPITRE IX. La femme battue.
Zadig dirigeait sa route sur les toiles. La constellation d'Orion et le brillant astre de Sirius le guidaient vers le
port[1] de Canope. Il admirait ces vastes globes de lumire qui ne paraissent que de faibles tincelles nos
yeux, tandis que la terre, qui n'est en effet qu'un point imperceptible dans la nature, parat notre cupidit
quelque chose de si grand et de si noble. Il se figurait alors les hommes tels qu'ils sont en effet, des insectes se
dvorant les uns les autres sur un petit atome de boue. Cette image vraie semblait anantir ses malheurs, en
CHAPITRE IX. La femme battue. 15
Zadig
lui retraant le nant de son tre et celui de Babylone. Son me s'lanait jusque dans l'infini, et contemplait,
dtache de ses sens, l'ordre immuable de l'univers. Mais lorsque ensuite, rendu lui-mme et rentrant dans
son coeur, il pensait qu'Astart tait peut-tre morte pour lui, l'univers disparaissait ses yeux, et il ne voyait
dans la nature entire qu'Astart mourante et Zadig infortun. Comme il se livrait ce flux et ce reflux de
philosophie sublime et de douleur accablante, il avanait vers les frontires de l'Egypte; et dj son
domestique fidle tait dans la premire bourgade, o il lui cherchait un logement. Zadig cependant se
promenait vers les jardins qui bordaient ce village. Il vit, non loin du grand chemin, une femme plore qui
appelait le ciel et la terre son secours, et un homme furieux qui la suivait. Elle tait dj atteinte par lui, elle
embrassait ses genoux. Cet homme l'accablait de coups et de reproches. Il jugea, la violence de l'Egyptien et [ Pobierz całość w formacie PDF ]




 

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